Migrations

« Nous n’avons pas d’électricité et tout le monde est malade » : auprès des femmes réfugiées dans le camp de Moria

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Depuis le début de la crise sanitaire mondiale, les ONG appellent les pouvoirs publics grecs, européens et des autres pays du continent à évacuer les immenses camps de réfugiés des îles grecques de la mer Égée. Dans le camp de Moria, 20 000 personnes vivent dans des conditions sommaires. Parmi elles, de nombreuses femmes. Reportage en images.

L’épidémie les a encore plus invisibilisé.es. En mer Méditerranée et dans les camps de réfugiés de Grèce, des milliers de personnes sont toujours en transit. Quelques 20 000 femmes, enfants, hommes, demeurent coincé.es dans des camps, tel celui de Moria, sur l’île de Lesbos. Les conditions d’existence y sont sommaires, sous des tentes, avec un accès restreint à l’eau, et encore plus difficile aux soins.

Depuis le début de la pandémie en Europe, des ONG appellent, encore et toujours, les autorités européennes et les États à évacuer les camps et ouvrir leurs frontières à ces réfugiés. Presque en vain. Certes, l’Allemagne s’est engagée à en accueillir quelques centaines mais, pour l’instant, seule une cinquantaine d’enfants et adolescents non accompagnés sont arrivés en avril en Allemagne. Le Luxembourg a de son côté accueilli une poignée d’enfants, et la Grèce a évacué début mai plusieurs centaines de personnes de l’île de Lesbos vers le continent [1]. Le 10 mai, des organisations de réfugiés du camp de Moria adressaient une lettre d’appel à l’aide aux autorités européennes, pour une évacuation a minima des personnes les plus vulnérables [2]. « Nous n’avons toujours de l’eau que trois heures par jour », racontent-elles.

En mer, plus aucun navire humanitaire ne navigue au large de la Libye. Les deux derniers qui effectuaient encore des opérations de sauvetage en pleine pandémie ont été saisis début mai par la justice italienne [3]. En avril, les personnes secourues par ces navires avaient déjà peiné à trouver un port pour débarquer.

La photographe Victorine Alisse était au camp de Moria juste avant la pandémie, en février. Voici son reportage.

Vue sur la jungle du camp de Moria, 12 Février 2020. © Victorine Alisse
Zara, 12 Février 2020. Zara est une jeune Afghane arrivée depuis six mois à Lesbos. En Afghanistan, elle ne pouvait pas aller à l’école. Ici, elle pratique son anglais et donne des cours aux enfants au sein d’une école sur le camp. © Victorine Alisse

Le nombre de personnes vivant sur le camp de Moria, situé sur l’île de Lesbos, a presque triplé, passant de 7000 l’été dernier à 20 000 aujourd’hui. Les femmes sont nombreuses et représentent un cinquième de la population du camp. Leur quotidien n’est qu’une succession d’heures d’attente pour recevoir un repas, consulter un médecin, prendre une douche ou même pour aller aux toilettes. « Nous n’avons pas d’électricité ici et tout le monde est malade », confie Raziyeh, une jeune femme arrivée depuis trois mois sur l’île. Leur santé mentale est également source d’inquiétude. « Les gens deviennent fous ici », raconte Zara, une jeune femme afghane qui survit depuis six mois sur le camp et souffre d’insomnie.

Une femme afghane enceinte en train de faire chauffer de l’eau pour le thé, 12 Février 2020. © Victorine Alisse
Zoleikha, 17 Février 2020. « Je m’appelle Zoleikha. Ce que je souhaite c’est la paix et la liberté pour chacun », dit cette femme afghane âgée de 63 ans. © Victorine Alisse
Traduction des paroles de Zahra, depuis le farsi, sur son téléphone, 14 Février 2020. © Victorine Alisse

« Je me soucie de mes enfants, je veux faire quelque chose mais je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire ! »

« Quand je me réveille, je suis confuse. Mon esprit n’est pas apaisé. Je ne me sens pas en sécurité dans cet endroit parce que, d’un côté je suis veuve, et de l’autre côté, je ne sais pas ce qui va se passer, écrit Soghra Qanbari, le 18 février 2020, dans un carnet qu’elle nous a confié. Je me soucie de mes enfants, je veux faire quelque chose mais je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire ! Quand je suis venue dans ce monde à Moria, je n’ai trouvé aucun bonheur, rien. Je vous demande de faire entendre nos voix dans le monde entier, en particulier auprès de qui est responsable de nous, des réfugiés. Mes enfants sont toujours malades et je ne peux rien faire. Notre vie est en danger. »

Hava, 15 Février 2020. Hava, est mère de trois filles. Elle a eu une crise de panique pendant la nuit. © Victorine Alisse

« La seule chose que nous demandons, c’est notre liberté »

« Je m’appelle Masoma. Nous n’avons pas d’électricité, ni rien pour se réchauffer. Il fait si froid ici et nous passons des heures à faire la queue pour manger, nous a raconté Masoma. Il n’y a pas non plus d’eau chaude pour la douche, pas de sécurité. Je suis là depuis une semaine. Je saurai comment c’est la vie d’une réfugiée dans un camp. La seule chose que nous demandons, c’est notre liberté. »

Un message écrit par Soghra Qanbari, le 18 février 2020 : « Quand je me réveille je suis confuse. Mon esprit n’est pas apaisé. Je ne me sens pas en sécurité dans cet endroit parce que d’un côté je suis veuve et de l’autre côté je ne sais pas ce qui va se passer. Je me soucie de mes enfants, je veux faire quelque chose mais je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire ! Quand je suis venue dans ce monde à Moria, je n’ai trouvé aucun bonheur, aucune bonne chose dans ma vie. Je vous demande de faire entendre nos voix dans le monde entier, en particulier auprès de qui est responsable de nous, des réfugiés. Mes enfants sont toujours malades et je ne peux rien faire. Notre vie est en danger. »
Soghra et son fils. 18 Février 2020. Soghra est arrivée fin 2019 à Moria, avec ses deux enfants. Elle a fui l’Afghanistan car son mari était mauvais envers elle. L’un de ses fils est malade et les médecins manquent sur le camp. © Victorine Alisse

Victorine Alisse (voir son site)

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Photo de une : Zoleikha, 17 Février 2020 © Victorine Alisse

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