Nouveaux OGM ?

Les plantes mutées arrivent en force

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Elles ont tout des OGM, mais ne sont pas considérées comme tels. Les plantes mutées sont pourtant conçues en laboratoire, soumises à des évolutions génétiques à coups de pesticides, de chimie ou de rayons X, par mutagenèse. Elles arrivent maintenant dans nos assiettes. Sans réglementation, sans traçabilité, les plantes mutées pourraient même envahir la filière bio. Des paysans et des citoyens ont procédé à un fauchage de tournesols mutés en Isère, ce 14 juillet. Reportage vidéo.

« Dans l’huile de tournesol que vous achetez, il y a une partie issue de tournesols mutés. En région Rhône-Alpes par exemple, on sait qu’il y avait 30 % de tournesols mutés en 2011 », déplore Guy Germain, paysan dans l’Isère. « Aujourd’hui, c’est du tournesol ; demain, ce sera du colza, il faut que les consommateurs s’emparent du sujet. » Guy Germain est l’un des premiers agriculteurs condamnés pour le fauchage de colza transgénique en 1997 avec la Confédération paysanne. Ce 14 juillet 2012, il a récidivé. À l’appel du collectif des Faucheurs volontaires, il s’est déplacé à Auberives-sur-Varèze (Isère) pour procéder à un fauchage symbolique de tournesols mutés.

Les plantes mutées arrivent en force from Bastamag on Vimeo.

Les plantes mutées ont tout des OGM, mais ne sont pas considérées comme tels par la réglementation européenne. Ce sont des semences et des plantes soumises en laboratoire à la mutagenèse. On transforme artificiellement leurs gènes en projetant des rayons X, des agents chimiques ou des pesticides. Et on observe les transformations que cela engendre, en termes de résistance par exemple [1].

La mutagenèse, une pratique OGM ?

« Depuis les années 1950, les chercheurs travaillent sur des cellules qu’ils soumettent à un stress important : par irradiations – bombardements au cobalt ou rayons gamma – ou avec des produits chimiques très agressifs comme la colchicine. C’est ce stress qui provoque une mutation de gènes aussi appelée "mutation incitée" par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) », expliquait pour Basta ! Guy Kastler, du Réseau semences paysannes. « La connaissance aujourd’hui du génome de la plante rend la méthode de la mutagénèse intéressante économiquement et industrialisable. A partir du moment où l’on a la séquence génétique complète d’une plante, on repère immédiatement dans la cellule si un gène a muté ou pas et si la mutation est intéressante. » L’AIEA recense ainsi près de 3 000 variétés de plantes mutées de 170 espèces différentes dans le monde. Les recherches sur les plantes mutées commencent maintenant à être déclinées en cultures destinées à la commercialisation.

Pour la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire, les plantes mutées ne sont pas des OGM. « Contrairement à la transgénèse, il n’y a pas, avec la mutagénèse, introduction d’ADN provenant d’une autre espèce. La réglementation européenne [2] est très claire : elle exclut de son champ d’application les variétés obtenues par mutagénèse », explique sa fédération départementale dans un communiqué dénonçant le fauchage symbolique. Le syndicat assure que « la mutagénèse n’est pas une pratique OGM ».

Herbicides partout, traçabilité nulle part

Pour Martine Chevalier, militante anti-OGM de la Loire, c’est tout le contraire : « Si la règlementation européenne sur les OGM sort la mutagénèse de son champ d’application, c’est bien qu’elle reconnaît que la mutagénèse fabrique des OGM, sinon elle n’aurait pas besoin de la sortir du champ d’application », pointe-t-elle. En étant exclues du champ d’application, les plantes mutées échappent à la réglementation sur les OGM et aux obligations d’évaluation, de traçabilité, d’étiquetage et d’information des citoyens.

Le problème avec les plantes mutées, c’est « la brutalité des stress chimiques ou ionisants de la mutagénèse incitée », estime Martine Chevalier. Il existe, par exemple, des variétés de tournesol muté obtenues à partir du système Clearfield, une technique alliant mutagenèses et herbicides, développé par la société BASF. « Actuellement homologué au Canada pour le canola et le maïs, le système Clearfield sera bientôt offert aux cultivateurs de blé », communique le géant de la chimie. Cette transformation génétique obtenue « au moyen de méthodes d’amélioration des plantes évoluées avec des herbicides de dernière technologie », selon BASF [3], ne choque pas la FNSEA, qui considère que « les variétés Clearfield ont été obtenues à partir de mutations naturelles »...

Des plantes mutées dans les produits bios ?

L’utilisation répétée d’herbicides comporte des risques sanitaires, pour les humains ou les abeilles (lire nos articles sur le sujet). Les plantes mutées ne sont soumises à aucune obligation de traçabilité. « Contrairement aux plantes transgéniques, il n’y a aucune obligation d’information du consommateur », rappelle Guy Kastler. Les plantes mutées peuvent même pénétrer la filière bio. « C’est la politique du fait accompli, dénonce Jean-Luc Juthier, producteur de fruits bios dans la Loire. Les récoltes de ces parcelles se retrouvent mélangées à celles de variétés conventionnelles, puis dans l’assiette. »

« De nombreux paysans ont mis en place des cahiers des charges pour une alimentation sans OGM de leurs animaux, ajoute Jean Vuillet, de la Confédération paysanne Rhône-Alpes. Comment les garantir quand il n’y a pas de traçabilité ? Nos responsables politiques doivent se positionner ». La région Rhône-Alpes a prévu un débat à l’automne sur les plantes mutées. Les Faucheurs volontaires appellent le gouvernement à intervenir pour que les plantes mutées bénéficient enfin d’une évaluation sanitaire et environnementale. « C’est une urgence environnementale, sociale et de santé publique », estime Jean Vuillet.

Face à « ce nouveau cheval de Troie des semenciers », ils étaient plus d’une centaine pour faucher symboliquement une parcelle de tournesols ce 14 juillet. Et pour apprendre à reconnaître un champs de plantes mutées d’un champs traditionnel afin de procéder à des « inspections citoyennes » (voir la vidéo).

Texte : Sophie Chapelle et Ivan du Roy

Vidéo : Sophie Chapelle

Photo : Marie Teyssot

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